Suivez le courant!       819 623-7374
Partager:
13 février 2017

Alice et Gerry

chronique juridique
chronique juridique

Tout ceci a débuté lors de la vigile en soutien aux victimes d’agressions à l’Université Laval. Débarquant au micro, une femme dans la jeune vingtaine allait secouer le Québec tout entier. Un député libéral m’a jadis violée, tonne-t-elle. Boum.

Évidemment, la machine à rumeurs s’est alors emballée, et à toute vitesse. Très peu de temps ensuite, on trouve le « coupable » : Gerry Sklavounos. En l’espace de quelques heures, le gars est cuit. « Un cruiser », titre Le Devoir. Parce que c’est bien connu, tous les charmeurs sont nécessairement violeurs. Alice en rajoute une couche. Elle aurait eu, aux suites de l’agression, des points de suture. Ouch. Une trousse médico-légale servirait enfin de pièce à conviction ultime. Gerry n’a aucune chance de s’en sortir.

Bien au fait du caractère archi-délicat de la situation, le premier ministre Couillard l’expulse, manu militari, du caucus libéral. Ciao bye, mon Gerry.

Simultanément, Alice poursuit son témoignage, dévastateur, dans les médias. Pépin, par contre: les contradictions sont majeures. Le lendemain de l’histoire des points de suture, ceux-ci n’auraient jamais existés. La trousse médico-légale? Jamais vue.

Pendant ce temps, Gerry se tait et se frotte, fort probablement, les mains de satisfaction.

Pourquoi? Parce que lui, ou du moins ses avocats, savent pertinemment que des témoignages contradictoires peuvent annihiler toute chance de succès pour la Couronne. Et c’est exactement ce qui arriva. Dans une décision plutôt lourde de sens, le Directeur des poursuites pénales et criminelles (DPCP) annonce récemment son refus de déposer quelconque accusation, et ce, du fait « qu’il n’y a pas eu de crimes ». Ayoye. Alors que DPCP communique d’ordinaire un simple « il n’y aura pas d’accusation », voilà un message pas trop subtil à l’intention d’Alice: tu as menti. Plutôt rude, avouons-le. Et rien, surtout, pour encourager de nouvelles dépositions. Parce que devant le tribunal de l’opinion populaire, disons-le franchement, Alice venait de perdre la face. Suffit d’aller voir les médias sociaux, cette même journée, pour constater la haine que plusieurs lui portent.

Sauf que Gerry a fait une bourde épouvantable: dans une (très) mauvaise mise en scène impliquant même son épouse, le bougre se met à balbutier toutes sortes d’âneries de type mon’onc cochon. Et le tribunal de l’opinion populaire vire, encore une fois, sa veste de bord. À un point tel où il est douteux, aujourd’hui, que Couillard le réintègre prochainement dans son Cabinet.

La morale de l’histoire? Deux, en fait.

La première: tout comme dans l’affaire Gomeshi, ou encore l’affaire Jutra, disons que les médias, et nous-mêmes, sommes assez rapides à sacrifier la présomption d’innocence. Très vites, donc, pour brûler des réputations. Excellents, d’ailleurs, pour jouer aux gérants d’estrades. Qui, au fond, sait vraiment ce qui s’est produit entre Alice et Gerry? Ceci ne nous empêche pas de juger, de prendre parti. Avant, pendant et après.

La deuxième: vous savez combien de plaintes en agressions se concluent en condamnations? 7 sur…10 000. Sûrement la meilleure preuve de l’inefficacité du système criminel quant à ces enjeux autant majeurs que délicats. Plutôt que de sacrifier nos énergies à se créer un nouveau type de télé-réalité (qui dit vrai, Alice ou Gerry?), peut-être serait-il préférable de délaisser l’anecdote et de s’attaquer au vrai problème.C

Galerie de photos

    CON_1306325_1550_B.jpg
  • 1/2
  • CON_1306323_1550_B.jpg
  • 2/2
Partager: