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10 juillet 2018

La prison à perpétuité pour le meurtrier de Notre-Dame du Laus

Gilles C. Poirier

Pour le meurtre de Priscilla Lee Bond et d’une adolescente, à Notre-Dame-du-Laus, David A. Lepage encourt la prison à perpétuité (photo: Code Rouge Mont-Laurier).
Pour le meurtre de Priscilla Lee Bond et d’une adolescente, à Notre-Dame-du-Laus, David A. Lepage encourt la prison à perpétuité (photo: Code Rouge Mont-Laurier).

David A. Lepage, 62 ans, a plaidé coupable le 4 juillet 2018 à des accusations de meurtres au deuxième degré pour les meurtres de sa conjointe, Priscilla Lee Bond, 33 ans et d’une adolescente, commis le 9 avril 2017.

La juge Catherine Mandeville, sur recommandation conjointe des procureurs de la défense et de la Couronne, a prononcé une peine d’emprisonnement à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 17 ans.

La juge Mandeville a imposé une ordonnance de non publication permettant d’identifier la victime mineure, en s’adressant particulièrement aux médias présents dans la salle.

Accusé originalement de meurtre au premier degré, M. Lepage a vu l’accusation être modifiée pour meurtre au deuxième degré.

Dans les heures qui ont suivi les meurtres, M. Lepage a communiqué avec son meilleur ami pour lui demander de venir le voir, en lui mentionnant que quelque le chose de terrible venait de se produire. À son arrivée, il l’a informé des faits. De longues discussions ont eu lieu au cours de la journée entre les deux hommes. C’est dans la nuit, aux alentours de 2h20, qu’ils se sont présentés au Quartier Général de la Sûreté du Québec (SQ) à Gatineau. C’est l’ami de M. Lepage qui aurait averti un policier que ce dernier avait tué sa conjointe et une adolescente.

Des policiers de la SQ se sont immédiatement rendus à la résidence, située sur le Chemin de Val-Ombreuse à Notre-Dame-du-Laus, pour y découvrir les deux corps inanimés. M. Lepage a été mis en état d’arrestation à 4h27 au matin du 10 avril 2017.

L’enquête préliminaire

Lors de l’enquête préliminaire tenue les 6 et 7 février 2018, le pathologiste du Laboratoire des sciences judiciaires et de médecine légale du Québec, qui a procédé à l’autopsie, a témoigné que les deux victimes ont été atteintes par des projectiles d’arme à feu.

Il a indiqué que Priscilla Lee Bond a été atteinte de quatre projectiles au niveau de la tête, dont trois mortels. La cause du décès est attribuée à un traumatisme crânio-cérébral par arme à feu.

L’adolescente a également été atteint de quatre projectiles au niveau de la tête et du thorax et la cause du décès est également attribuée à un traumatisme crânio-cérébral.

Également lors de l’enquête préliminaire, l’ami de M. Lepage a relaté des propos que ce dernier lui aurait confiés. Il aurait mentionné que sa conjointe voyait quelqu’un d’autre et qu’elle le quittait, ce qui a été confirmé lors de l’exposé des faits par la procureure de la Couronne. Il aurait également vu de la drogue et des boissons alcoolisées sur la table du salon.

L’ami a également mentionné avoir craint pour sa vie en voyant la carabine de calibre 22, qui aurait servi au double meurtre, accotée le long d’un mur de la cuisine.

L’arme du crime?

Un deuxième témoin, également ami et voisin de M. Lepage, a témoigné à l’effet que ce dernier est venu chez lui dans la semaine précédant la tragédie pour lui emprunter sa carabine de calibre 22, soi-disant pour tuer des dindons sauvages qui envahissaient son terrain. Ce dernier l’a informé que la mire était «faussée» et que la carabine n’était pas précise, ce qui n’a pas semblé déranger M. Lepage car, selon lui, les dindons sauvages se trouvaient tout près de la maison. Le témoin a également confirmé avoir vu régulièrement des dindons sur le terrain.

Déclaration de la sœur de Priscilla Lee Bond

La sœur de la victime n’a pas été en mesure faire une déclaration. C’est la procureure de la Couronne qui a lu le texte à sa place. Une lettre émouvante, dans laquelle elle souligne qu’elle se sent perdue sans sa sœur et où elle évoque tous les impacts dévastateurs que cette perte a sur sa vie. Dans sa lettre, elle mentionne qu’elle a appelé sa sœur le dimanche matin, pour se faire répondre par M. Lepage que cette dernière était partie réfléchir, alors qu’elle avait déjà été assassinée et reposait dans son lit. Ça ne se fait pas de dire ça, a-t-elle jugé. «Je suis tellement frustrée après lui (M. Lepage, ndlr), je le trouve lâche, conlut-elle. J’espère qu’il a conscience de tout le mal qu’il a fait. Il ne mérite pas que je le pardonne.» Elle a quand même eu le courage de venir devant le tribunal et, en pleurs, de regarder le coupable et de lui lancer: «Pourquoi»?

Lors du prononcé de la sentence la juge Mandeville a quant à elle livré ce commentaire concernant M. Lepage: «Le tribunal ne croit pas les remords et regrets transmis par son avocat. Et lors de l’intervention de la sœur de la victime il n’a eu aucune réaction».

Référence avec l’affaire Guy Turcotte

La procureure de la Couronne et la juge Mandeville ont fait référence à l’affaire très médiatisée du Dr Guy Turcotte. Dans ces deux cas, la peine est l’emprisonnement à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 17 ans. La Cour d’appel du Québec, dans une décision rendue le 28 juin 2018, rejette l’appel de Guy Turcotte pour faire réduire la période d’inadmissibilité à la libération conditionnelle établit à 17 ans par le juge André Vincent.

«J’espère qu’il a conscience de tout le mal qu’il a fait. Il ne mérite pas que je le pardonne.» – Sœur de Priscilla Lee Bond

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Gilles C. Poirier