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11 juin 2018

Centre d’exposition de Mont-Laurier

Traversée Boréale: émotions et paradoxes

Kathleen Godmer , journaliste-pigiste

L’artiste photographe Catherine Rondeau (photo: Kathleen Godmer – Le Courant des Hautes-Laurentides).
L’artiste photographe Catherine Rondeau (photo: Kathleen Godmer – Le Courant des Hautes-Laurentides).

Le Centre d’exposition de Mont-Laurier présentait, le 7 juin dernier, le vernissage de l’exposition «Traversée boréale» de l’artiste Catherine Rondeau. C’était l’occasion de rencontrer et discuter avec l’artiste et de découvrir son processus de création et ses inspirations.

Lorsqu’on regarde vos œuvres exposées ici, on comprend facilement que beaucoup de travail se cache derrière tout ça. Dites-nous en plus sur votre méthode de travail.

Au-delà des prises de vues, il y a toute la préparation puisque dans mes images, il y a un grand travail de mise en scène. Ce ne sont pas des clichés pris sur le vif, tout est déjà composé dans ma tête et parfois même sur croquis. Je me devais d’être bien préparée puisque la séance se faisait à l’extérieur et que le froid était intense, mais je tenais à ces conditions. Si on parle de temps, c’est souvent la partie postproduction qui en a demandé le plus. C’est un long travail de manipulation d’images que je retravaille.

Les gens ont tendance à croire qu’il suffit de prendre la photo et c’est fait, mais il y a vraiment différentes étapes.

Effectivement, même quand les images ne sont pas retouchées, ça demande d’ajuster beaucoup de choses comme les couleurs, le rendu, pour aller chercher le grain désiré, faire ressortir une unité dans la couleur entre les différentes œuvres… Au-delà de ça, pour moi, dans certaines œuvres, il y a un gros traitement numérique qui combine différentes images. Souvent le résultat final provient d’un grand nombre d’images mises ensemble, du genre une pour la tête, une pour les jambes, une pour un pied, une pour l’autre. C’est l’assemblage qui donne le résultat. C’est de cette façon que je crée la magie… avec des trompes l’œil.

Traversée Boréale, c’est quoi, ça vient d’où?

En fait, j’avais déjà travaillé avec mes filles, qui sont mes modèles, lorsqu’elles étaient plus jeunes et c’est en vivant avec elles la transition vers l’adolescence que c’est venu. Lorsque leur puberté est arrivée, c’est tout naturellement que j’ai tourné mon regard vers cette période-là. Ce passage important dans la vie d’une jeune fille est donc la traversée. Pour ce qui est de boréal, ça m’est venu en cherchant le fil conducteur. Je cherchais comment illustrer tous les tiraillements psychiques de cette période. La photo a souvent été utilisée de façon documentaire pour montrer les changements physique de l’adolescence, mais moi je voulais faire ressortir ce qui se passe dans la tête durant cette période qui en est une d’intense changements tout en gardant mon langage qui est onirique et en jouant avec la frontière entre la réalité et la fiction. Ça m’est soudain apparu clairement que je devais mettre tout ça en scène dans des paysages de froid, de glace.

Est-ce que votre intérêt pour le thème de l’adolescence féminine vient du fait que vos filles en sont à cette étape ou est-ce que ça dépasse ça?

Forcément ça dépasse ça, car c’est une période de la vie qui est riche et fertile à plein de niveau dû aux contradictions, aux tensions. J’aime mettre en évidence les contradictions et illustrer les paradoxes. C’est aussi très personnel, car évidemment je suis moi aussi passée par là. De plus j’avais tellement aimé travailler avec mes filles la première fois que c’était une manière de continuer et de perpétuer cette cohésion familiale. On a du plaisir à travailler ensemble.

Est-ce que, par l’assemblage de toutes ces œuvres pour l’exposition, vous aviez comme but de passer un message ou de provoquer une prise de conscience?

Je ne sais pas si c’est une prise de conscience, mais moi c’est une réflexion que je propose. C’est une variation sur le thème, Oui, c’est ça: une réflexion poétique sur une période de vie qui n’est pas toujours évidente à vivre, mais qui au-delà des difficultés qui sont bien réelles, a aussi une magie. L’adolescence n’est pas que sombre et négative, c’est aussi une période de quête de soi et d’intense créativité. C’est le moment ou on se crée soi-même.

On a parlé de vos œuvres, de votre façon de travailler, de vos inspirations, mais qui est Catherine Rondeau?

J’ai fait un BAC en beaux-arts avec une majeure en photo à Concordia. J’ai ensuite travaillé en photos documentaires, mon rêve était de devenir photographe pour le National Geographic. La vie m’a amenée ailleurs. J’ai participé à la course Destination Monde et j’ai beaucoup appris sur le terrain. J’ai aussi travaillé comme vidéo-journaliste pour différentes chaines, j’ai même enseigné. Les enfants sont arrivés et ensuite en retournant faire une maîtrise en communication où ma thèse en était une créative dans laquelle je cherchais à expliquer le phénomène du merveilleux chez les enfants, j’ai fait la première série de photos avec mes filles et de là est née ma première exposition. Maintenant, la photographie est redevenue mon activité principale et j’ai en tête quantité de beaux projets.

«Je savais que les prises de vues extérieures allaient être difficiles. J’ignorais à quel point le froid intense serait une épreuve. Demander à mes modèles, mes propres filles, de se dévêtir dans ces conditions relevait de la folie!» – Catherine Rondeau

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Kathleen Godmer , journaliste-pigiste

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