Suivez le courant!       819 623-7374
Partager:
10 avril 2018

Desserte ambulancière

Une meilleure couverture pour le nord des Hautes-Laurentides

Alexandre Dubé , Journaliste

De gauche à droite, Luc, Yvon et Jonathan Bouchard, propriétaires des Ambulances Y. Bouchard & Fils à Mont-Laurier et Ferme-Neuve (photo: Alexandre Dubé - Le Courant des Hautes-Laurentides).
De gauche à droite, Luc, Yvon et Jonathan Bouchard, propriétaires des Ambulances Y. Bouchard & Fils à Mont-Laurier et Ferme-Neuve (photo: Alexandre Dubé - Le Courant des Hautes-Laurentides).

Les résidents de Ferme-Neuve, Lac-Saint-Paul, Mont-Saint-Michel, Saint-Anne-du-Lac, d’une partie de Chute-Saint-Philippe et des territoires non organisés (TNO) du nord de la MRC d’Antoine-Labelle peuvent dorénavant compter sur la présence d’une ambulance 24/7.

Le gouvernement du Québec annonçait le 29 mars dernier la conversion du mode de couverture de ce secteur d’un horaire de faction en horaire à l’heure, ce qui représenterait à terme un investissement supplémentaire de 811 964$.

Le Courant a rencontré Yvon, Jonathan et Luc Bouchard, copropriétaires des Ambulances Y. Bouchard & Fils, ainsi que Kevin Ouellet, représentant syndical des ambulanciers des Hautes-Laurentides pour la Fédération des employés du préhospitalier du Québec (FPHQ) afin de mieux comprendre en quoi «la couverture ambulancière sera renforcée dans le secteur de Ferme-Neuve» avec ce changement.

Un modèle datant des années 1980

Yvon Bouchard se souvient que le gouvernement a instauré pour la première fois en 1987 l’horaire de faction «pour aider les zones qui étaient plus petites en volume» d’appel où la présence d’un ambulancier en fonction 24/7 n’était pas requise.

«Un horaire de faction comme on avait à Ferme-Neuve, c’était sept jours disponible 24/24 à faire des appels, et sept jours en congé, explique l’homme qui cède tranquillement les rênes de son entreprise à ses deux fils. Les ambulanciers faisaient des appels le jour, la nuit, n’importe quand ça sonnait, puis ils pouvaient être 24 heures pas d’appel.»

Lorsque la sonnerie de leur radio se faisait entendre, les ambulanciers de Ferme-Neuve, qui étaient dans l’obligation de demeurer à moins de 10 minutes de route de la caserne, devaient aller y chercher leur ambulance pour ensuite se rendre sur le lieu de l’appel.

De 10 à 12 minutes d’attentes en moins

«Ça leur prenait 10-12 minutes se rendre à la caserne, plus le temps de déplacement», rapporte Jonathan Bouchard. Il souligne qu’«une personne qui fait un arrêt cardiorespiratoire, par minute qui passe, ses chances de survie sont réduites de 10%».

Maintenant que «le camion va être disponible jour et nuit, 24h/24, avec toujours du monde assis dedans», lorsque les appels proviendront d’une adresse à proximité du véhicule d’urgence, les ambulanciers «vont arriver en dedans de deux ou trois minutes».

Les résidents des municipalités et TNO plus éloignés devront toujours attendre quelques dizaines de minutes avant de voir arriver l’ambulance, mais leur attente sera aussi réduite de 10-12 minutes. D’après Yvon Bouchard, «au bout de la ligne, c’est les patients qui vont en gagner».

Un changement qui permettra des «déplacements dynamiques»

L’horaire de faction occasionnait plusieurs maux de tête aux gestionnaires des Ambulances Y. Bouchard & Fils. Lorsque leurs ambulanciers de Ferme-Neuve recevaient des appels pendant plus de 12 heures, ou encore lorsqu’ils ne jouissaient pas de 8 heures sans appel par jour, on devait déployer des ambulanciers de Mont-Laurier à temps partiel pour les remplacer.

Aussi, lorsque les ambulanciers de Ferme-Neuve étaient en déplacement vers leurs patients ou vers le Centre hospitalier de Mont-Laurier, «le territoire était vide», rapporte Yves Bouchard. Les ambulanciers de Mont-Laurier «ne pouvaient pas» transférer du côté de Ferme-Neuve puisque les deux secteurs n’avaient pas le même mode de couverture.

Le propriétaire prend dorénavant l’«engagement moral» de faire des «déplacements dynamiques» entre ses deux secteurs pour qu’aucun patient ne soit laissé à lui-même. Dès que les ambulanciers de Ferme-Neuve interviendront sur un appel, «automatiquement il y a une équipe de Mont-Laurier qui va s’en aller les remplacer», permettant d’éviter qu’il y ait un trou de service.

Les ambulanciers satisfaits

Du côté de la FPHQ, Kevin Ouellet soutient que «l’ensemble des paramédics sont contents» du changement qui «crée quatre nouveaux postes en plus d’offrir une meilleure couverture ambulancière aux citoyens de la région de Ferme-Neuve».

Il explique que comme le secteur «débordait souvent, ça forçait l’employeur à se garder des temps partiels en “back up” […] qui n’avaient aucune heure, mais qui pouvait peut-être travailler, si Ferme-Neuve devait déborder».

Un modèle «désuet» décrié par plusieurs

L’Association des Propriétaires d’Ambulances régionaux (APAR), le député de Labelle, Sylvain Pagé, et la FPHQ ont multiplié les représentations pour dénoncer ce mode de couverture ambulancière «désuet» dans les dernières années.

Yvon Bouchard rapporte qu’à l’APAR «ça fait des années qu’on travaille pour améliorer la situation», mais qu’«on ne se classait pas parce qu’on n’avait pas tout à fait le bon volume» d’appels.

Or, avec le vieillissement de la population, les téléphones ne dérougissent plus. «En 1985, on avait à peu près 800 appels [par an], explique-t-il. Aujourd’hui on est autour de 3 000 appels dans notre région, en incluant Mont-Laurier et Ferme-Neuve».

Kevin Ouellet reconnaît que «l’employeur a monté un bon dossier» pour prouver que l’horaire de faction «ça n’avait plus d’allure». Cependant, il croit que c’est grâce à la FPHQ, qui a lancé un grief national contre les horaires de faction, s’il y a eu une rencontre le mois passé avec le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette.

La FPHQ a notamment soumis que «les chiffres des centres intégrés de santé et de services sociaux n’étaient pas réalistes» puisqu’ils «ne tenaient pas compte des refus d’appels» ni des appels faits hors zone, ce qui avait pour impact de sous-évaluer la charge de travail réelle des ambulanciers.

Le syndicat a aussi fait valoir auprès de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) que «les heures en faction étaient déraisonnables pour les travailleurs», ceux-ci recevant des appels nuit et jour.

Partager:

Alexandre Dubé , Journaliste

  • Courriel