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13 mars 2018

Élection du C.A. de la MRC d’Antoine-Labelle

«Tout cela a été convenu d’avance», croit André-Marcel Évéquoz

Alexandre Dubé , Journaliste

«On a tout le temps décrié cette manière de faire, que tout est déjà organisé d’avance, puis là on change les personnes et on continue la même affaire», décrie le maire de Mont-Saint-Michel, André-Marcel Évéquoz (photo: Alexandre Dubé – Le Courant des Hautes-Laurentides).
«On a tout le temps décrié cette manière de faire, que tout est déjà organisé d’avance, puis là on change les personnes et on continue la même affaire», décrie le maire de Mont-Saint-Michel, André-Marcel Évéquoz (photo: Alexandre Dubé – Le Courant des Hautes-Laurentides).

Le 22 novembre 2017 était jour d’élection du comité administratif (CA) de la MRC d’Antoine-Labelle, mais le maire de Mont-Saint-Michel, André-Marcel Évéquoz, a «la nette impression que tout cela a été convenu d’avance», et il n’est pas le seul.

«Pourquoi on va perdre notre temps là à ce moment-là, s’interrogeait M. Évéquoz en entrevue avec Le Courant des Hautes-Laurentides. Pourquoi on gaspille de l’argent pour aller s’asseoir autour d’une table pour prendre des décisions alors que c’est déjà décidé d’avance? C’est complètement stupide!»

Il croit que les nouveaux membres du CA de la MRC d’Antoine-Labelle - Gilbert Pilote (préfet), Georges Décarie (préfet adjoint), Pierre Flamand (siège #3), Francine Laroche (siège #4), Daniel Bourdon (Mont-Laurier) et Denis Charette (Rivière-Rouge) - «se sont promis de voter l’un pour l’autre».

Ce qui lui a mis la puce à l’oreille: la candidature de la mairesse de Notre-Dame-de-Pontmain, Francine Laroche, au siège #4 «alors qu’elle ne s’était pas présentée pour le siège précédent contre Pierre Flamand», maire de Lac-des-Écorces.

«Les candidats qui s’étaient présentés avant se représentent à nouveau pour essayer de se faire élire, puis la POUF, la dame de Notre-Dame-de-Pontmain passe avec le même score que Pierre Flamand tout juste avant», rapporte M. Évéquoz. Selon lui, Mme Laroche «n’a pas voulu aller contre Pierre Flamand, parce que c’était arrangé pour que Pierre passe puis qu’elle passe après. Le procès-verbal de la rencontre indique qu’ils ont tous deux obtenu 18 voix lors du vote.

Bien qu’il ne se soit pas personnellement présenté pour siéger sur le CA, il a une pensée pour les candidates perdantes et «trouve que ce n’est pas correct, que ce n’est pas démocratique» pour elles. «Les gens prennent la peine de se présenter [de dire] «Je veux être là pour ci, pour ça», puis c’est déjà décidé d’avance. Ça n’a pas de sens», déplore-t-il.

Les trois mairesses évincées

Outre M. Flamand et Mme Laroche, trois autres mairesses ont posé leur candidature pour siéger au CA. Celle de Lac-Saint-Paul, Colette Quevillon, s’est risquée à deux reprises, ne récoltant qu’une seule voix; celle de Lac-du-Cerf, Danielle Ouimet, a reçu quatre voix pour le siège #3, mais ne s’est pas représentée pour le siège #4; et Céline Beauregard, qui comptait neuf voix pour le siège #3, est passée près de Francine Laroche, récoltant 12 voix.

La différence: le vote de Mont-Laurier

Bien que l’écart de six voix séparant MMES Beauregard et Laroche demeure significatif, il est important de rappeler le maire de Mont-Laurier compte 10 voix à lui seul. M. Évéquoz précisait en entrevue qu’il n’a «rien contre le fait que [Mont-Laurier] en ait 10, 15 ou 1» voix, que ce qu’il «n’accepte pas, c’est qu’on se réunisse avant puis qu’on s’organise». Toutefois, les appuis de Mme Beauregard étant passés de 9 pour la préfecture adjointe et le siège #3 à 12 pour le siège #4, peut-on en conclure que Daniel Bourdon a voté pour Mme Laroche?

Rejoint par téléphone, M. Bourdon n’a pas voulu confirmer s’il avait bel et bien appuyé Pierre Flamand et Francine Laroche pour les sièges #3 et #4. «Comme élu, j’avais le droit de donner mes votes à qui je voulais», a lancé le maire, rappelant au passage que «les votes étaient secrets» et que «ça reste que c’est de la politique».

M. Bourdon accorde cependant qu’il «ne connaît pas Céline Beauregard» et qu’il «connait plus Francine Laroche». Notons que Céline Beauregard est la seule candidate qui n’a pas été élue à avoir récolté plus de 10 voix lors d’un vote.

Évéquoz sort de ses gonds

Le maire de Mont-Saint-Michel, qui ne nous a pas habitués aux coups d’éclat durant son premier mandat, ne ménageait pas ses mots dans la lettre qu’il a rédigée à l’attention de ses collègues maires six jours après l’élection du CA de la MRC d’Antoine-Labelle.

«Peut-être suis-je trop naïf, mais au cours des 4 dernières années, je n’ai jamais eu l’impression de n’être qu’une marionnette, écrivait-il. Il poursuivait en déplorant qu’on leur «impose des formations sur le comportement éthique, sur le danger de la collusion, etc.» mais que «Malgré cela, on ne se sent pas concerné, on s’arrange pour arriver à nos fins peu importe l’avis des autres».

Il prévient ses collègues que «Si c’est le ton que l’on veut donner pour travailler les prochaines années, [il] n’embarque pas dans cette façon de faire» avant de leur lancer une invitation: «Considérant tout cela, je ne me présenterai plus au conseil des maires de la MRC et vous invite à y réfléchir».

M. Évéquoz a d’ailleurs mis sa menace à exécution en s’absentant du conseil des maires du 30 janvier 2018. Il s’est même adressé au ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire (MAMOT) afin de savoir s’il était «obligé d’aller aux séances de la MRC comme maire de Mont-Saint-Michel». Apprenant qu’il était «légalement» dans l’obligation de représenter sa municipalité, il n’a eu d’autre choix que de retourner siéger au conseil suivant, le 27 février 2018.

D’autres maires sont «solidaires» de ses revendications

M. Évéquoz n’est pas le seul à avoir éprouvé un malaise lors de l’élection du CA de la MRC d’Antoine-Labelle. Tout d’abord, après avoir reçu sa lettre, Normand St-Amour, maire de Chute-Saint-Philippe, aurait «lancé le message à tout le monde» qu’une «réflexion mérite d’être faite» à ce sujet.

Aussi, deux des mairesses écartées des sièges #3 et #4 – MMES Ouimet et Beauregard – lui ont emboîté le pas dans son boycottage du conseil des maires de janvier 2018. Se défendant d’avoir manqué la réunion pour manifester son désaccord, Danielle Ouimet explique qu’elle suivait une formation le même jour. Elle dit tout de même être «complètement d’accord» avec ce que revendique M. Évéquoz.

Quant à Céline Beauregard, elle ne cache pas avoir débrayé en solidarité de M. Évéquoz. Elle garde tout même espoir que les ponts puissent être rétablis: «On va faire un lac-à-l’épaule pour essayer de clarifier certaines choses, après ça devrait bien fonctionner.» Tous les maires avec qui Le Courant s’est entretenu ont d’ailleurs évoqué le lac-à-l’épaule d’avril prochain comme étant une occasion de recoller les pots cassés.

«Moi, ce que je veux, c’est qu’on travaille ensemble», dit Évéquoz

Le maire de Mont-Saint-Michel tenait à préciser qu’il ne cherche pas à faire «de la merde», mais espère simplement que «ça fonctionne en démocratie» afin que «tout le monde y trouve son compte». Il donnait en exemple le projet Brancher Antoine-Labelle: «On nous a annoncé qu’il y avait des millions qui arrivaient [d’Ottawa et de Québec] puis on était tout fier de dire “Bien voilà, quand on se met ensemble on est capable d’avancer les choses”, mais là ce n’est pas ça qu’on veut faire. On se met en petite clique, il n’y a pas de cohérence là-dedans».

M. Évéquoz ne souhaite guère plus se liguer avec les maires des autres petites municipalités afin qu’ils puissent contrecarrer le CA en unissant leurs voix. «Je ne veux pas faire ce que je reproche aux autres, je ne veux pas me mettre avec les autres maires puis dire “On fait un groupe à part”, moi ça ne m’intéresse pas», insistait-il durant l’entrevue.

Il voulait aussi clarifier que «ce n’est pas la personne [qu’il] vise, c’est la manière que ça se fait». «J’ai aucun problème avec les personnes elles-mêmes, je ne remets pas en doute leurs compétences […] Je les respecte tous. S’ils sont là, c’est parce que leur population a jugé qu’ils étaient aptes à y être. C’est pas moi qui va juger de ça», spécifie-t-il.

«On dénonce ça partout, c’est ce qui rend les gens cyniques, qui se disent “De toute façon ça ne sert à rien d’y aller, tout est prévu d’avance”. Moi je me demande pourquoi nous on se permet d’agir de même alors qu’on devrait montrer l’exemple.» - André-Marcel Évéquoz

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