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5 mars 2018

Poules en milieu urbain

Et si vous pouviez avoir un petit poulailler à la maison

Alexandre Dubé , Journaliste

Sur cette photo, on voit le poulailler urbain hivernisé, donc adapté au climat québécois, de Louise Arbour, fondatrice de l’entreprise Poules en Ville qui accompagne les municipalités désireuses d’encadrer les poulaillers urbains dans leurs règlements de zonage (photo: Poules en Ville - Facebook).
Sur cette photo, on voit le poulailler urbain hivernisé, donc adapté au climat québécois, de Louise Arbour, fondatrice de l’entreprise Poules en Ville qui accompagne les municipalités désireuses d’encadrer les poulaillers urbains dans leurs règlements de zonage (photo: Poules en Ville - Facebook).

Une nouvelle mode a fait son entrée dans plusieurs grandes villes québécoises, dont Montréal, Gatineau et plusieurs autres: le poulailler urbain. Cette idée pourrait-elle se rendre jusque dans les Hautes-Laurentides?

Isabelle Beaudoin, une résidente du secteur Saint-Jean-sur-le-Lac qui aimerait se doter de «deux ou trois poules, pas plus», a contacté Le Courant après avoir mené des démarches infructueuses auprès de la Ville de Mont-Laurier. La confusion a débuté lorsque la dame a reçu son rôle d’évaluation foncière qui, d’après ses dires, stipulait que sa propriété était «zonée entièrement agricole».

Mme Beaudoin, ravie, s’est rendue à la Ville pour demander si, de par son zonage agricole, elle pouvait se procurer un petit poulailler et quelques volailles. Or, on lui apprit à ce moment qu’une erreur s’était glissée dans son évaluation, son terrain étant plutôt zoné périurbain, et qu’il lui était donc interdit d’élever quelques poules selon la règlementation actuelle.

«Même si on n’est pas zoné agricole, trois poules, qu’est-ce que ça peut faire?»

Mme Beaudoin ne comprend pas en quoi un petit poulailler pourrait nuire à la quiétude de son voisinage. «Je veux juste que la Ville soit réaliste un peu. On n’est pas dans Mont-Laurier, on est en dehors de Mont-Laurier», fait valoir la résidente de Saint-Jean-sur-le-Lac.

Elle, qui a déjà possédé quelques poules lorsqu’elle résidait dans une autre région, argumente que «ça ne fait pas de bruit une poule», contrairement à un coq, ce qu’elle «n’imposerait pas» à ses voisins. De plus, elle affirme qu’un petit poulailler ne dégage pas d’odeurs nauséabondes susceptibles d’incommoder ses voisins.

Un outil pour combattre la faim…

Chaque année, des milliers de Lauriermontois en situation de précarité financière bénéficient du service des paniers de Noël, mais, le reste de l’année, leurs ressources se font plus rares. Comme le souligne Mme Beaudoin, «trois poules te fournissent en masse d’œufs pour que tu sois obligé d’en donner ou d’en jeter» si tu n’en manges pas tous les jours.

Avec trois ou quatre poules, les familles moins bien nanties seraient en mesure d’offrir à leurs enfants de bons petits déjeuners avant chaque jour d’école. Le milliardaire et philanthrope cofondateur de Microsoft, Bill Gates, a d’ailleurs déjà fait la promotion des vertus cet animal.

«Il me semble clair que n’importe qui vivant dans l’extrême pauvreté se porte mieux s’il a des poules», écrivait-il sur son blogue GatesNotes.com en juin 2016. Selon lui, la poule serait même un meilleur outil d’émancipation de la pauvreté que l’ordinateur. Il fait valoir qu’«Il est simple et peu coûteux de prendre soin» de cet animal et que ses œufs, riches en protéines, permettent de combattre la malnutrition et de «garder les enfants en santé».

Et tenir compagnie

Retraitée, Mme Beaudoin ne veut pas des poules simplement que pour leurs œufs: «Moi mes poules, ça serait des “pets” (animaux de compagnie)». La dame, qui dit être une personne «colorée», trouve que les poules «donnent de la vie».

Mais qu’est-ce qu’un animal de compagnie? Au sens de la Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal, on définit l’animal de compagnie comme étant «un animal domestique ou sauvage qui vit auprès de l’humain, notamment dans son foyer, en tant que compagnon et pour des fins d’agrément».

À la lumière du récit de Mme Beaudoin, la poule pourrait-elle entrer dans cette catégorie?

Solution #1: les citoyens peuvent demander une modification de leur zonage

Le Courant a contacté Jean Pelletier, inspecteur en bâtiment et acheteur pour la Ville de Mont-Laurier, afin d’obtenir plus de détails sur le règlement de zonage actuellement en vigueur. M. Pelletier expliquait que «dans les zones agricoles [l’élevage de quelques poules] est automatiquement autorisé», mais que, dans les autres zones, il faut «demander une modification au règlement de zonage» pour y avoir droit.

Il rappelle cependant que ce ne sont pas toutes les demandes qui sont automatiquement acceptées, la décision finale revenant au conseil municipal, sur recommandation du comité consultatif d’urbanisme (CCU).

M. Pelletier précise aussi que, dans les zones résidentielles, «selon le règlement actuellement, ce n’est pas possible» d’ajouter l’élevage de poules aux usages autorisés. Il mentionne que la Ville a déjà reçu «plusieurs demandes là-dessus», mais que souvent «les gens ne vont pas plus loin» que de demander «s’ils ont le droit ou pas».

«S’il y en a plus qu’un dans la zone [de Mme Beaudoin] qui sont intéressés d’en avoir, ça serait bon qu’elle fasse une lettre ou une pétition pour demander que ça soit permis dans cette zone-là», mentionne l’inspecteur en bâtiment.

Solution #2: la Ville pourrait modifier son règlement de zonage

Plusieurs municipalités québécoises ont modifié leurs règlements de zonage dans les dernières années (Montréal, Gatineau, Granby, Terrebonne, etc.) afin d’encadrer la présence de poules en milieu urbain. Des modalités définissant la taille maximale des poulaillers, le nombre de poules permises par résidence et les normes d’entretien et de soin des animaux y ont été inscrites.

Rejoint par téléphone, le maire de Mont-Laurier, Daniel Bourdon, a confié au Courant que des discussions à ce sujet avaient cours au CCU lorsqu’il était conseiller municipal. «On voulait faire un projet pilote pour un an avec une trentaine de permis», rapporte-t-il. Le projet n’était toutefois pas allé de l’avant à l’époque.

L’administration Bourdon ouverte à l’idée

«Je mentirais en disant que c’est une priorité pour demain matin, mais oui, il y a une réflexion» à la Ville de Mont-Laurier, assure le maire. Il soutient que «le conseil [municipal] va en discuter d’ici à peu près deux à trois semaines» et que «si jamais il va de l’avant, ça risque d’être un projet pilote», ce qui «permettrait de voir les irritants».

Les fonctionnaires de la municipalité seraient d’ailleurs en train de «décoder ce qui se fait ailleurs» et de «demander à d’autres municipalités» comment elles ont procédé. Les poules urbaines ne devraient donc pas faire leur apparition dans les cours arrière de Mont-Laurier à l’été 2018, mais il se pourrait qu’elles s’inscrivent dans le mode de vie lauriermontois d’ici quelques années.

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Alexandre Dubé , Journaliste

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