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4 décembre 2017

Rozon-Salvail-Sicotte

Frédéric Bérard

chronique juridique
chronique juridique

Nul doute que la campagne de dénonciation #moiaussi a eu son lot de retombées positives. Les victimes d’agression ou d’harcèlement sexuel, trop souvent tapies dans l’ombre, ont ainsi pu obtenir, en un sens, réparation. Les articles et reportages, dévastateurs, en sont même venus à expulser, manu militari, certains personnages de la scène publique.

Meilleure façon de procéder? En un sens, oui. Parce que de toute évidence, les systèmes policier et judiciaire sont mal adaptés aux enjeux d’agressions sexuelles. Difficile, en fait, de traiter celles-ci de la même manière qu’un vol de char ou autres infractions où le consentement, notion parfois subjective, n’est pas au centre du crime en question. Ceci explique, en partie, ce pourquoi seulement sept agressions sur 1000 se transposent, au Canada, en condamnation. Sept sur…1000.

Cela dit, à chaque fois que l’on s’en remet au tribunal de l’opinion populaire, les risques de dérapages, souvent sérieux, demeurent.

D’abord parce que l’entremetteur, le média, peut être tenté de présenter le dossier de manière manichéenne, là où l’individu est déjà condamné à l’avance.

Ensuite, parce que les témoignages des victimes sont fréquemment livrés, et c’est normal, sous le couvert de l’anonymat. Ceci, par définition, rend plus difficile la « défense » de « l’accusé », chacun devant d’ailleurs s’en remettre, les yeux fermés, à la bonne foi et au professionnalisme du journaliste. Dans la majorité des cas, ceux-ci ne causent aucun problème. Mais comme dans toute chose, des exceptions existent. Et elles sont absolument catastrophiques pour la réputation et l’avenir des personnes visées.

Autre dérapage potentiel? Lorsque la gravité des actes dénoncés se perd dans le bain de l’excitation ambiant. Là où les trucs banals côtoient les réelles agressions. Là où il y a confusion entre infractions criminelles et simples erreurs de jugement. Malheureusement, la campagne récente offre de multiples illustrations de ce qui précède.

Tous s’entendent, je crois bien, à l’effet que l’affaire Rozon est clairement d’importance. Des dizaines de victimes alléguées, une action collective (au civil, donc) contre lui, jumelée à maintes plaintes en bonne et due forme au criminel, notamment par Pénélope McQuade et Julie Snyder. Attendons voir si des accusations seront ultimement déposées contre l’ex-magnat de l’humour, mais disons que tout ceci regarde fort mal pour lui.

L’affaire Salvail, maintenant. De l’inconduite sexuelle de haut niveau, un manque de jugement flagrant, particulièrement sur les lieux de travail. Sauf que personne ici, du moins pour l’instant, ne semble s’être plaint d’agression ou harcèlement au sens fort du terme. En bref, rien de criminel, et aucun recours au civil non plus. Ceci n’a pas empêché les médias, cela dit, à fusionner ce cas précis à celui, énormément plus grave, de Rozon.

La cerise sur le gâteau : le cas Gilbert Sicotte. Le bougre aurait, selon 2-3 d’ancien étudiants, des méthodes d’enseignement quelque peu brutales. Il aurait, ô sacrilège, déjà sacré dans ses cours de…théâtre. Hilala. Un bon huit minutes à Radio-Canada s’ensuivit, afin de dénoncer le truand, depuis suspendu par son employeur. C’aurait été sympathique, voire professionnel, que le journaliste donne également la parole à ses étudiants actuels, lesquels ont dû prendre la plume pour défendre le comédien-professeur.

Rozon-Salvail-Sicotte, ou la confusion des genres provoquée, indubitablement, par tout procès porté devant le tribunal de l’opinion populaire.

« À chaque fois que l’on s’en remet au tribunal de l’opinion populaire, les risques de dérapages, souvent sérieux, demeurent. »

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Frédéric Bérard