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13 novembre 2017

Mobilisation des transporteurs forestiers

Une autre journée de débrayage

Les membres de la Coalition des Entrepreneurs Forestiers Régionaux ont tenu une deuxième journée de grève le 13 novembre dernier pour réclamer de meilleures conditions salariales. Benoit Bisaillon, directeur général de la Coopérative forestière des Hautes-Laurentides (CFHL), estime que 80 % des transporteurs de la région ont débrayé à cette occasion.

Alexandre Dubé , Journaliste

N’ayant pas eu de réponse formelle des industriels visés par la mobilisation du 3 novembre dernier, la Coalition a tenu une deuxième journée de grève le 13 novembre (photo : Alexandre Dubé - Le Courant des Hautes-Laurentides).
N’ayant pas eu de réponse formelle des industriels visés par la mobilisation du 3 novembre dernier, la Coalition a tenu une deuxième journée de grève le 13 novembre (photo : Alexandre Dubé - Le Courant des Hautes-Laurentides).

Sept semaines après avoir déposé leurs demandes aux usines, dix jours après leur première journée de mobilisation, les transporteurs forestiers tentent encore de se faire entendre : « Ce qu’on souhaite par la mobilisation d’aujourd’hui, c’est une seule chose, avoir un retour d’appel ».

Par la voie d’un communiqué, les transporteurs déplorent « qu’aucune évolution dans le présent dossier n’a été observée depuis le dépôt des demandes le 26 septembre dernier et qu’aucune approche de négociation ou de discussion formelle n’a été entamée depuis ».

Réunis le 8 novembre dernier pour faire un retour sur la journée de mobilisation du 3 novembre lors de laquelle plus de 100 camions se sont rassemblés à Mont-Laurier, « les membres de la Coalition ont convenu de suspendre pour la journée du 13 novembre 2017 toutes les activités de chargement et de transport de bois sur l’ensemble du territoire, sauf pour les livraisons prévues chez Crête, division Saint-Faustin ».

M. Bisaillon soutient que c’est « vraiment à regret » qu’ils ont pris cette décision, « uniquement pour tenter de faire provoquer une réaction favorable ». Bien qu’il ne soit pas un grand partisan de la grève, croyant qu’« il n’y a personne qui est gagnant de la situation », M. Bisaillon se demande « quels autres moyens [ils ont] pour se faire entendre ». Il ne comprend pas le silence radio des usines : « Pourquoi on n’a pas de réponse ? Je ne le sais pas… »

Le Groupe Crête veut « faire progresser le dossier »

Tel que mentionné plus haut, des cinq usines visées par la Coalition, seul le Groupe Crête division Saint-Faustin a été épargné par la deuxième journée de débrayage. L’entreprise aurait « confirmé son désir de faire progresser le dossier, notamment en répondant favorablement à une des demandes de la Coalition ».

Rejoint au téléphone par Le Courant, le directeur de l’approvisionnement du Groupe Crête, François Nobert, croit que la mobilisation des transporteurs forestiers est « légitime », mais il se sent « moins interpellé » puisqu’il satisferait déjà leurs demandes salariales dans ses négociations individuelles. Il affirme qu’en fonction de ses calculs, les transporteurs des Créations Madéro inc. avec qui il fait affaire seraient déjà payés à environ 115$ de l’heure.

« C’est une méthodologie de maquillage »

Benoit Bisaillon dénonce la méthode de calcul du taux horaire des transporteurs forestiers, qu’il qualifie de « méthodologie de maquillage ». Il explique que, plutôt que d’établir un taux horaire de 115 $ l’heure et de s’y tenir, les industriels paient les transporteurs comme s’ils roulaient en deçà des limites de vitesse permises.

Par exemple, si un transporteur doit acheminer du bois du chantier à l’usine sur une distance de 100 km sur une route où il peut circuler à 100 km/h, l’usine pourrait lui proposer de le payer comme s’il ne pouvait rouler qu’à 75 km/h. Ainsi, le transporteur est payé pour 1 h 20 de travail alors qu’il n’aura été sur la route que pendant 1h.

Ce serait cette méthode de calcul qui permettrait de faire gonfler le taux horaire réel des transporteurs forestiers d’environ 78 $ à 101 $.

Benoit Bisaillon souhaite que ces pratiques cessent et que la rémunération des transporteurs soit uniformisée : « On veut uniformiser ça, un taux de 115 $ de l’heure avec une vitesse uniformisée ».

L’uniformisation de la rémunération, illégale ?

Si M. Bisaillon aspire à une uniformisation de la rémunération des transporteurs forestiers à 115 $ de l’heure, François Nobert du Groupe Crête affirme que les industriels n’ont pas le droit de se réunir pour convenir d’une rémunération uniformisée, que ça serait de la collusion.

Amusé par cette affirmation, le directeur général de la CFHL croit que « c’est une belle technique de diversion ». Il se demande « comment expliquer qu’ils payent tous 78 $ de l’heure s’ils ne se parlent pas ». Pour lui, une telle rencontre des industriels qui mènerait à une uniformisation des taux horaires, « ce n’est pas de la collusion, [il] appelle ça de la gestion ».

Contacté par Le Courant, le directeur principal aux affaires publiques et relations gouvernementales avec le Canada chez Résolu, Karl Blackburn, s’est contenté de répondre « Nous on a une entente qu’on respecte et qui est en application » avec la Coopérative de solidarité des entrepreneurs de la Gatineau.

Du côté de Forex, le directeur général Robert Saint Martin n’a voulu émettre « aucun commentaire à ce sujet ».

Les membres de la Coalition se réuniront de nouveau le 15 novembre pour déterminer la suite des choses.

« Dans la demande qu’ils ont faite, il y a des choses avec lesquelles on n’est pas d’accord, mais le taux des camionneurs, on est d’accord. »

- François Nobert, directeur de l’approvisionnement du Groupe Crête

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Alexandre Dubé , Journaliste

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