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23 octobre 2017

Mont-Laurier

Michel Adrien quitte la mairie après 14 ans au pouvoir

Simon Dominé , Rédacteur en chef

Le dernier mandat de Michel Adrien n’aura pas été de tout repos : on le voit ici lors d’une discussion animée avec le conseiller municipal Daniel Bourdon, qui est devenu depuis le nouveau maire de Mont-Laurier (photo : archives – Le Courant des Hautes-Laurentides).
Le dernier mandat de Michel Adrien n’aura pas été de tout repos : on le voit ici lors d’une discussion animée avec le conseiller municipal Daniel Bourdon, qui est devenu depuis le nouveau maire de Mont-Laurier (photo : archives – Le Courant des Hautes-Laurentides).

Maire de Mont-Laurier depuis 14 ans, Michel Adrien tire sa révérence après un dernier mandat au goût quelque peu amer, qui ne l’empêche toutefois pas de poser un regard serein sur l’héritage qu’il laisse à ses 14 000 concitoyens. Portrait d’un homme ambitieux au parcours ponctué de défis.

Aujourd’hui, c’est l’un de ses plus virulents contradicteurs, Daniel Bourdon, qui prend sa place. Il a fait campagne depuis janvier 2017 avec quatre mots qui sonnent fort : « leadership, innovation, écoute et transparence ». Une manière détournée de dire qu’avec Michel Adrien la ville de Mont-Laurier manquait de tout cela?

À l’issue d’une dure joute électorale en 2013, ce dernier avait pourtant été reconduit dans ses fonctions par une écrasante proportion des électeurs. La ferveur s’est vite émoussée au sein de sa propre équipe cependant et le talentueux orateur de 71 ans a passé son temps à éteindre des feux sans cesse rallumés.

« C’est sûr qu’il y a une certaine usure quand on est là depuis un certain temps », concède l’ancien maire, avant d’ajouter que « (…) les relations qui ont pu exister auparavant au sein du conseil n’étaient plus les mêmes ». Résultat : « (…) ç’a créé une dynamique différente et, forcément, ç’a eu des échos sur la place publique. Ç’a été moins agréable, disons ça comme ça, que les trois mandats précédents ».

Le mandat de trop?

Est-ce à dire qu’il s’agissait du mandat de trop pour Michel Adrien? « Je ne pense pas », rétorque-t-il, en rappelant qu’entre 2013 et 2017 il s’est attelé aux dossiers de la revitalisation du centre-ville et de l’aménagement du nouveau parc industriel. « On espère que nos successeurs vont y donner suite », prévient-il d’ailleurs.

À ceux qui lui reprochent d’avoir exercé le pouvoir de façon solitaire plutôt que collégiale, il répond par le défi : on verra bien si les personnes qui le critiquaient sur cet aspect tiendront un discours similaire après quelques mois à la tête de la Ville. Pour lui, le maire du XXIe siècle travaille à temps complet et, pour faire bouger certains dossiers, ne doit pas avoir peur de prendre seul les décisions qui s’imposent.

Talon d’Achille

Sur les ordres du jour du conseil municipal, le point « Développement économique » a brillé par son manque de contenu. Pour nombre de Lauriermontois, l’installation d’une usine de Forex à Amos plutôt qu’à Mont-Laurier a d’ailleurs été perçue comme un cuisant échec, qui a miné durablement la crédibilité de M. Adrien sur cet enjeu. Qu’en pense-t-il?

Que dans ce dossier en particulier, le maire d’Amos avait tout simplement de meilleurs atouts que lui. Il estime d’ailleurs que les conditions pour maintenir des communautés prospères ont énormément changé en Amérique du Nord et que la spécialisation dans des créneaux de niches est la meilleure réponse à la concurrence féroce qui se joue à tous les niveaux. « Il y a certaines cartes qu’il faut avoir dans son jeu, que la ville de Mont-Laurier n’a plus forcément », dit-il, en évoquant notamment l’état du réseau routier.

Le leg de Michel Adrien

Que laisse-t-il au Lauriermontois? « Mon héritage, c’est d’avoir créé (…) une administration municipale réellement efficace, voire même efficiente, soutient-il. C’est l’héritage dont je suis le plus fier en réalité : d’avoir institué avec mes collègues une vision. On ne vient pas travailler à la Ville de Mont-Laurier parce qu’on a un contact et qu’on peut y entrer ; alors qu’on aurait peut-être de la difficulté à se placer ailleurs. On vient à la Ville parce qu’on est compétent, qu’on est dédié à son travail et qu’on s’y investit. C’est ça, ma fierté. D’avoir bâti une organisation efficace. Quand on fait quelque chose, on le fait bien et on est au service de la population. »

Au niveau des infrastructures aussi, M. Adrien croit avoir imprimé sa marque, en dotant Mont-Laurier de « deux gros phares qui vont luire » : le nouvel hôtel de ville et la salle multifonctionnelle.

Une « force de changement » en exil

À bien écouter Michel Adrien, son leg est l’aboutissement logique d’un idéal de justice sociale et d’une volonté de servir la population, nés à Port-au-Prince sous l’ombre menaçante du dictateur François Duvalier.

De son enfance en Haïti, on n’en saura pas beaucoup, mis à part le fait que sa famille possédait un collège et que son père a été maire de la petite bourgade de Bainet, près de Jacmel, lieu de sa naissance. « À l’époque, on était dans le pire du régime de François Duvalier, se remémore-t-il. Et donc, tous ceux qui pouvaient être perçus comme n’étant point d’accord avec la manière dont les choses se passaient en Haïti étaient classés dans la catégorie ennemis du régime et, en ce sens-là, leur vie était en danger. C’est un peu dans ce contexte que mes parents ont suggéré fortement que je rejoigne un de mes frères qui était déjà au Québec. »

En 1968, Michel Adrien débarque donc dans la Belle province, avec des parents et des amis. Après une année d’études, il arrive un peu par hasard à Mont-Laurier et obtient sa première charge d’enseignant. « En 1970, quand il a été question de renouvèlement de contrat, c’était même plus une option de regarder ailleurs, souligne-t-il. Pour moi, c’était très clair : Mont-Laurier allait être, au moins pour quelques années, mon lieu de résidence et donc, je me suis investi complètement dans ma tâche d’enseignant. »

Le Québec de l’époque est en plein bouleversement et les établissements scolaires n’échappent pas à la laïcisation en marche et au désir général de progrès social. Entouré de professeurs venus de l’étranger eux aussi et baigné dans cette atmosphère « de tous les possibles », le jeune professeur se perçoit comme « une force de changement » dans les Hautes-Laurentides.

De l’action syndicale à la gestion d’un hôpital

« Dans cette perspective-là, c’est clair que l’action syndicale a été un moyen d’ancrer de manière plus concrète ces aspirations et ces visions-là », analyse l’ancien maire. Son engagement dans le syndicalisme lui vaut d’être libéré de ses fonctions d’enseignant en 1981 et de prendre part à la grève du secteur public et parapublic en 1983, où il fait ses premières armes sur la scène publique. « Dans le coin, ça s’est bien passé, précise-t-il. Bien sûr, il y a eu quelques éclats par des gens qui nous interpelaient de manière très vigoureuse. C’était peut-être les rares fois où j’ai eu des appels anonymes où les gens me disaient : “toi là, retourne dans ton pays”! J’étais un peu l’incarnation de ce climat de tension-là. »

Après cette éprouvante expérience, il retourne à sa classe, mais il ne faut pas attendre longtemps pour le voir reprendre du service, en tant qu’administrateur, vice-président, puis président du conseil d’administration de l’hôpital de Mont-Laurier. En 1992, il en deviendra même le directeur général pendant quelques mois.

L’homme du consensus de 2003

En 1995, c’est la désillusion pour ce sympathisant du Parti Québécois (PQ). « (…) il y a eu une sorte de rupture lors du fameux discours de Jacques Parizeau sur l’argent et le vote ethnique, pense-t-il. Ç’a coupé les liens. Ç’a été presque automatique. Ça m’a touché beaucoup parce que je connaissais tellement de gens issus des communautés dites culturelles qui appuyaient le PQ et d’entendre ça, ç’a dilué mon appui. »

C’est Marcel Cyr, alors maire de la municipalité de Des Ruisseaux, qui va le réconcilier avec l’engagement politique, mais au niveau local. Installé dans le secteur depuis 1978, il relève le défi que lui lance le maire d’alors : présenter sa candidature à titre de conseiller municipal.

Élu en 1995, puis réélus en 1999, l’heure sonne pour lui quand, malade, Marcel Cyr lui demande de mener à bien un dossier des plus épineux dans le monde municipal : proposer et mettre en œuvre la fusion avec Mont-Laurier, ce qu’il réussira le 1er janvier 2003. Auréolé de ce succès, il se présente comme maire de la nouvelle ville et remporte les suffrages.

Qu’est-ce qui l’a poussé à tenter l’aventure? « J’estimais que je portais en moi les conditions pour que le ciment prenne, répond M. Adrien. Je travaillais dans Mont-Laurier, j’habitais Des Ruisseaux et on m’octroyait une sorte de neutralité bienveillante. J’ai toujours fait preuve d’une très grande rigueur et je n’ai jamais été quelqu’un qui était vu comme une personne trop partisane, dans le sens que oui, j’avais mes idées, mais j’étais capable d’écouter les autres et de faire place à des points de vue différents. Et j’avais également une très belle équipe avec moi. C’est cette conjonction de ces éléments qui m’a fait faire le saut. »

Le téléphone n’est pas débranché

L’eau a coulé sous les ponts depuis ce premier triomphe et l’heure est venue pour lui de décrocher petit à petit de la vie publique pour se consacrer à sa famille. Mais pas trop vite… « Je veux continuer encore à être actif pour faire avancer les dossiers du secteur municipal, ici au Québec ou ailleurs dans le monde, mentionne M. Adrien. Je reste ouvert à des mandats ponctuels pour partager mon expérience : 50 ans d’implication à divers niveaux. »

D’ailleurs, si un appel rentrait pour lui demander de participer aux consultations sur le racisme systémique, l’ancien maire ne dirait certainement pas non…

Déçu par le Parti Québécois en 1995, Michel Adrien se retrouve « dans la volonté de faire bouger certaines choses » au Parti libéral du Québec, « mais ça reste très, très, très limité » Celui qui connaît bien le monde hospitalier n’a d’ailleurs pas la langue dans sa poche lorsqu’il s’agit de la réforme Barrette : « Moi j’estime que cette réforme-là devra être auscultée, parce qu’il me semble que les effets qui étaient souhaités sont loin d’être au rendez-vous » (photo : archives – Le Courant des Hautes-Laurentides).
Après 14 années passées à la tête de Mont-Laurier, le maire Michel Adrien cède sa place, mais entend bien se rendre disponible pour des mandats ponctuels (photo : archives – Le Courant des Hautes-Laurentides).
S’il réfléchit encore à la possibilité de rester sur le conseil d’administration du Centre local de développement (CLD) d’Antoine-Labelle, Michel Adrien souhaite conserver ses sièges sur ceux de Muni-Spec Mont-Laurier et de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (photo : archives – Le Courant des Hautes-Laurentides).

« Les relations qui ont pu exister auparavant au sein du conseil n’étaient plus les mêmes ». (…) ç’a créé une dynamique différente et, forcément, ç’a eu des échos sur la place publique. - Michel Adrien

« Je veux continuer encore à être actif pour faire avancer les dossiers du secteur municipal, ici au Québec ou ailleurs dans le monde. » - Michel Adrien

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