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11 octobre 2017

Réseau de la santé

Assurance salaire : la facture a augmenté avec le CISSS des Laurentides

Les dizaines de millions de dollars que le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Laurentides verse à ses employés en assurance-salaire et CSST sont-ils une conséquence de la réforme Barrette ? Qu’ils soient médecin, député, syndicaliste ou agent de communication, chacun a sa version toute prête pour répondre à la question.

Simon Dominé , Rédacteur en chef

Le CISSS des Laurentides et la CSN ne comptent pas de la même manière : l’organisme public affirme verser 32 millions de dollars en assurance-salaire, quand le syndicat parle quant à lui de 84 millions (photo : gracieuseté).
Le CISSS des Laurentides et la CSN ne comptent pas de la même manière : l’organisme public affirme verser 32 millions de dollars en assurance-salaire, quand le syndicat parle quant à lui de 84 millions (photo : gracieuseté).

Main dans la main, des membres de Québec Solidaire (QS) et le représentant de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Laurentides, Steve Bouchard, ont pris la parole le 25 septembre pour déplorer l’état dans lequel se trouve le système québécois de santé et de services sociaux.

Le Dr Simon-Pierre Landry, un médecin qui exerce à Ste-Agathe et qui avait brigué sans succès le poste de député de Laurentides-Labelle aux dernières élections fédérales, sous la bannière du Nouveau Parti Démocratique (NPD), a plaidé pour un système plus humain. « Depuis trop longtemps, et maintenant, c’est pire avec l’arrivée de Gaétan Barrette, le système de santé s’éloigne des citoyens en devenant de plus en plus bureaucratique et géré à partir du ministère à Québec, a déclaré à l’occasion M. Landry. Il faut que les citoyens et les employés puissent avoir leur mot à dire sur leurs services de santé si on veut les améliorer. »

À ses côtés, le député solidaire de Mercier, Dr Amir Khadir, a enfoncé le clou : « Il faut décentraliser les décisions de gestion dans le réseau, ramener les décisions d’opération plus proches des patients et des travailleuses et des travailleurs. Il faut aussi ouvrir certaines tâches des médecins aux autres professionnels du réseau, c’est l’évidence. Le réseau de CLSC est le modèle mis de l’avant par Québec solidaire, mais avec assez de moyens pour fonctionner ».

Comme en écho à leurs préoccupations, la protectrice du citoyen, Marie Rinfret, a souligné les « problèmes de déploiement de la réforme du réseau de la santé et des services sociaux », lors du dépôt à l’Assemblée nationale de son rapport annuel, le 28 septembre.

Assurance-salaire : aucune corrélation avec la réforme ?

Le représentant CSN Steve Bouchard a été quant à lui plus précis dans ses reproches : « Le CISSS des Laurentides verse plus de 84 millions de dollars en assurance salaire et en CSST aux employés(es). Des mesures concrètes doivent être prises et des négociations avec le syndicat doivent se faire afin de diminuer la surcharge de travail et ainsi prévenir les problèmes de santé et les accidents reliés au travail ».

Des propos qui ont été mal accueillis par l’agente d’information Thaïs Dubé, du CISSS des Laurentides. « Pour l’année 2016-2017, nous n’avons pas versé près de 84 millions de dollars en assurance-salaire, mais plutôt un peu plus de 32 millions de dollars, a-t-elle indiqué au Courant, le 4 octobre. Le chiffre de 84 millions de dollars provient d’une présentation faite aux syndicats par la Direction générale dans le cadre d’une discussion sur l’enjeu commun du coût de l’absentéisme. Il inclut les charges de l’organisation pour les assignations temporaires (4 300 811$), le coût des journées de maladie prévues aux conventions collectives (18 863 434$), ceux de l’assurance-salaire (32 451 105 $) et de la prime CSST (16 823 024 $). »

Pour elle, « il ne serait pas juste d’effectuer une corrélation directe entre la réforme qui a mené à la création du CISSS des Laurentides et le niveau d’assurance-salaire actuel ». Elle rappelle également que le CISSS remplace une partie des absences pour diminuer l’impact que cela peut avoir sur les collègues demeurés en poste, ce qui entraîne des frais supplémentaires.

Une hausse de 8 M$

Quoi qu’il en soit, d’après les chiffres obtenus par Le Courant, il est clair que le montant en assurance-salaire dépensés au CISSS est plus élevé qu’il ne l’était avant la mise en place de la réforme Barrette dans les Laurentides. « En 2014-2015, soit avant la création du CISSS des Laurentides, les établissements de santé de la région cumulaient d’emblée une dépense de plus de 24 millions de dollars en assurance-salaire », a en effet mentionné l’agente de communication.

Assurance-salaire et CSST : 10% des employés concernés

En date du 17 septembre 2017, 1089 personnes se prévalaient de l’assurance-salaire et 327 autres bénéficiaient de la CSST au CISSS des Laurentides, sur les 14 000 employés que compte l’organisme public.

D’après Mme Dubé, des raisons de santé physique (accident de travail, maladie ou incapacité physique) sont à l’origine de 55% des absences actuelles en assurance-salaire au CISSS des Laurentides. Les 45% restants des absences sont dues à des problématiques de nature psychologique, incluant les absences pour des raisons personnelles comme un deuil, une séparation ou des problèmes familiaux. « Donc, ce ne sont pas toutes les absences qui sont liées aux conditions de travail ou à la réforme du réseau de la santé et des services sociaux », insiste Mme Dubé, qui rappelle qu’un plan d’action est actuellement déployé.

« Nous prenons la situation au sérieux, assure-t-elle. Nous estimons que le taux d’assurance-salaire au CISSS des Laurentides est trop élevé. Nous avons le souci du bien-être et de la santé de notre personnel et c’est pour cette raison que nous nous sommes notamment investis dans la démarche de certification “Entreprise en santé”. Nous effectuons également une opération d’envergure pour identifier les situations potentiellement à risque d’accident et y remédier. Par ailleurs, la réduction du taux d’assurance-salaire permettrait d’investir ces sommes directement dans les services à la population. »

« Il ne serait pas juste d’effectuer une corrélation directe entre la réforme qui a mené à la création du CISSS des Laurentides et le niveau d’assurance-salaire actuel. » – Thaïs Dubé, agente d’information au CISSS des Laurentides

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Simon Dominé , Rédacteur en chef

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