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8 août 2017

«Je suis choquée après Ste-Anne»

Sandy Miller déménage le festival country à Lac-des-Écorces

Pour sa 5e édition, le festival de musique country de Ste-Anne-du-Lac déménage à Lac-des-Écorces. Fatiguée mais combattive, sa présidente, Sandy Miller, espère trouver dans la municipalité du maire Pierre Flamand l’appui et d’enthousiasme qu’elle n’a pas obtenus dans son village natal.

Simon Dominé , Rédacteur en chef

Le festival de musique country, né à Ste-Anne-du-Lac en 2013, déménage cette année au dôme Uniprix de Lac-des-Écorces (photo: archives – Le Courant des Hautes-Laurentides).
Le festival de musique country, né à Ste-Anne-du-Lac en 2013, déménage cette année au dôme Uniprix de Lac-des-Écorces (photo: archives – Le Courant des Hautes-Laurentides).

Les 17, 18, 19 et 20 août prochains, les amateurs de musique country qui avaient l’habitude de se rendre à Ste-Anne-du-Lac pour passer un bon moment, n’auront plus qu’à s’arrêter à Lac-des-Écorces.

Écœurée d’avoir à se battre (presque) seule pour assurer le succès de cet événement d’envergure (400 à 600 spectateurs par jour) qui assure aux Hautes-Laurentides quatre jours de festivités pendant l’été, Mme Miller ne mâche pas ses mots. « À Ste-Anne, ils ne se sont pas rendus compte que c’était gros. C’est un village préhistorique encore à Ste-Anne! Je trouve ça triste de partir, mais j’ai pas le choix. Je ne vais pas me rendre malade. »

Les raisons d’un départ

Non seulement Mme Miller trouve que la distance à laquelle se trouve Ste-Anne-du-Lac de Mont-Laurier n’aide pas au niveau de l’achalandage, mais elle déplore aussi l’absence d’un réseau cellulaire digne de ce nom – condition essentielle selon elle en 2017 pour attirer du monde. Pourtant, on sent bien que c’est le manque d’appui de la Municipalité qui l’indigne le plus. Cette dernière a contribué à hauteur de 500$ pour la 2e et la 3e édition, avant de doubler la mise en 2016. « Il a fallu que je me batte pour avoir 1 000$ », s’étrangle Mme Miller, qui souligne au contraire le dynamisme de Lac-des-Écorces, où on lui laisse gratuitement le site du dôme Uniprix pour organiser son événement.

Annick Brault se défend

La mairesse actuelle de Ste-Anne-du-Lac, Annick Brault, concentre sur elle une bonne dose de la frustration de Mme Miller. « La mairesse de Ste-Anne, elle m’a dit : “j’aime pas le country”. Elle n’est pas venue faire un tour, faire acte de présence pour, au moins, se faire une idée. Si ça avait été à Ste-Anne cette année, elle serait venue, les élections approchent et ça sent la soupe chaude. Mais c’est trop tard. Moi si j’avais été mairesse et qu’il y avait eu un show de hip-hop, je me serais déplacée même si j’aime pas ça. »

Le 3 août, Mme Brault a confirmé qu’elle n’avait jamais mis les pieds au festival « Ça n’a jamais adonné », a-t-elle déclaré, plaidant la participation à « des activités familiales récurrentes » chaque année pour justifier son absence. La mairesse a convenu que « Non, on ne peut pas se priver d’un festival comme ça », avant d’ajouter que « C’est une perte, car ça faisait rayonner la municipalité ». Elle a cependant défendu l’action du conseil municipal. « On ne peut pas dire que le festival n’a jamais eu de soutien de la part de la Municipalité », a-t-elle réagi, en rappelant que cette dernière avait aidé financièrement l’événement et avait prêté du matériel (tables, chaises, barrières de sécurité). « C’est sûr qu’on est une petite Municipalité, a ajouté la mairesse. On ne peut pas charger à des citoyens les coûts d’un festival où c’est payant pour rentrer. »

Par ailleurs, Mme Brault estime que les festivaliers étaient souvent « des gens qui ont tout » avec eux et qui ne dépensent pas forcément localement. « Il n’y avait pas beaucoup de monde qui consommait dans la municipalité », a soutenu la mairesse.

Un festival tenu à bout de bras

Cette année encore, Sandy Miller sort 26 000$ de sa poche pour offrir quatre jours de programmation, avec 22 artistes invités, sans compter l’orchestre qui les accompagne. Était-elle au courant que le gouvernement du Québec, via Tourisme Québec, avait mis 348 000$ d’aide à disposition des festivals dans les Laurentides? « Non, je ne le savais pas », déplore la présidente du festival, déçue d’apprendre que son festival était sans doute éligible et que la MRC d’Antoine-Labelle n’a ramassé que 8 000$ de l’enveloppe totale, quand Mont-Tremblant s’accapare 262 000$.

Endettée à cause du festival dans lequel elle croit dur comme fer, Mme Miller travaille sept jours sur sept, doit s’occuper de sa mère et a perdu le 18 avril dernier son père, Ubald Miller. Ce dernier avait contribué personnellement au succès de l’événement en injectant 7 000$, qui ont servi à acheter un méchoui et un camion réfrigéré. Quand trouver le temps pour remplir les demandes d’aide, auprès de qui s’informer pour savoir quels programmes existent? « Faudrait que je me clone », soupire la présidente du festival de musique country, avant de lancer un cri d’alarme aux élus de la région et aux responsables des organismes de développement économique : « C’est bien dur d’avoir de l’aide. Personne n’appelle pour aider. Faut tout que j’entreprenne moi-même. »

Pierre Flamand tire son épingle du jeu

De son côté, le maire de Lac-des-Écorces tire son épingle du jeu encore une fois, en réussissant à attirer un nouvel événement sur le territoire de sa municipalité, qui accueille déjà le relai pour la vie, la Fête nationale, le Ranch El Ben ou encore le Salon plein air. « On trouvait que c’était une belle opportunité, a mentionné M. Flamand. On en entendait parler. Ça amène des retombées économiques, c’est sûr. Ça attire beaucoup de campeurs. Ici, c’est central, il y a beaucoup de monde et on a du stationnement en masse. On veut qu’il y ait des retombées économiques pour les commerces, qu’il y ait du monde dans la municipalité et que ça dépense. C’est la philosophie de notre conseil. »

Quatre jours qui promettent

Accompagnés de l’orchestre One Way, de Dan Loyer et d’André Proulx, des artistes country des quatre coins du Québec convergeront à Lac-des-Écorces à compter du 17 août. « C’est pas des artistes de fonds de cour que j’invite », rappelle Mme Miller, qui attend la venue de Pascal Bessette, Sylvie Bay, Lucie Thibodeau, Steeve Desmarais, Kathy Lavigne, Alfonso Marotta, Daniel Goguen ou encore Réjean & Chantal. « Ils sont pas mal tous passé à l’émission “Pour l’amour du country”! », fait-elle valoir, avant de rappeler qu’elle s’est fixée comme objectif de remplir le dôme Uniprix.

« C’est bien dur d’avoir de l’aide. Personne n’appelle pour aider. Faut tout que j’entreprenne moi-même. » - Sandy Miller

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Simon Dominé , Rédacteur en chef

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